Tout ceci vous a sûrement intrigué, alors faisons les présentations. Comme annoncé précédemment, il y a vraiment de tout (et n’importe quoi ?) et comme me disait un voisin, nous les boaters on a tous un petit côté « quirky », comprenez « original, décalé, voire vraiment bizarre ».

Les voici donc, nos étranges voisins :

  • Colin, un vieux bonhomme qu’on voit peu, il est souvent parti avec son bateau, sympa et discret, il est marié à une Philippine qui doit avoir facilement 20 ans de moins. Et elle, on ne la voit pour ainsi dire jamais.
  • Marc et Jenny, un couple très bizarre, probablement dans la jeune quarantaine, lui est un gros bof sans aucun intérêt et elle est littéralement tellement moche qu’elle en fait peur, cheveux collés de gras en permanence, voutée comme une petite vieille, squelettique, les yeux injectés de sang, les dents cassées, des boutons plein la tronche. On pensait au début qu’elle était attardée, mais non, elle est juste pas gâtée. Ils ne sortent jamais leur bateau, seraient arrivés peu de temps avant nous. Ils font probablement partie de ceux qui ont opté pour un mode de vie pas cher, et laisseront pourrir leur bateau jusqu’à ce qu’il coule.
  • Jenny (une autre), gentille mais particulièrement moche également, la bonne trentaine, ressemble à un garçon, les cheveux gris très courts, des lunettes en cul de bouteille, une peau laiteuse maladive, elle a un accent très British et parle de manière très saccadée, du coup je comprends rien quand elle me parle, en plus elle adore me tenir la jambe pendant des plombes, alors je reste là à sourire bêtement, mais ça n’a pas l’air de la déranger. Elle est probablement une des plus « normale » car elle à un travail normal, elle est infirmière. Elle a bien l’esprit boater, aime bien s’occuper de réparer son bateau, enfin, ce qu’il en reste car elle a un narrowboat à son image, défraichi et qui donne l’air abandonné… Une de nos plus grandes hantises était de se retrouver amarré à côté d’elle car vraiment on dirait un campement abandonné, en bleu et vert criards entre bâches de guingois et rafistolage hasardeux… Elle a une chatte très mignonne, Bella, noire et blanche.
  • Jamie et Philippa, un couple un peu énigmatique très imposants physiquement, ils flottent probablement comme des bouées si on les jette à l’eau, dans les 40 ans avancés, ils sont adorables avec nous mais c’est loin d’être le cas avec tout le monde, elle a une tendance à l’hystérie et lui évite généralement de parler si ce n’est pas nécessaire. Même lorsqu’il dit « bonjour » il n’y a pas de son. Il parle un peu Français mais a besoin de quelques verres avant d’oser se lancer. (On a un jour fait un karaoké sur Claude François et Joe Dassin, il connaissait mieux les paroles que nous). Ils sont sans doute ceux qui nous ressemblent le plus dans leur façon de vivre. Elle est prof de primaire si j’ai bien compris et lui reste sur le bateau, je n’ai jamais su s’il y travaillait mais ils ne semblent pas être dans le besoin en tous cas. Ils ont deux chats, un qui ressemble à Michael Jackson et un jeune qu’ils ont récemment trouvé dénommé Monsieur Perdu (en français, ce qui fait que pendant 2 mois on a cru qu’il s’appelait Monsieur Padou) très beau mais un vrai petit con qui essaie tous les jours inlassablement de venir manger les oiseaux depuis l’avant de notre bateau.
  • Ray et Rose, un couple de petit vieux dans les 80 ans, très sympa, toujours souriants et bienveillants, lui est sourd comme un pot et a tendance à perdre son dentier quand il parle, mais malgré ça encore bien alerte, il fait tout le temps du bricolage et raconte souvent des blagues. Elle, l’air très autoritaire, mais le cœur sur la main, sait s’imposer et ne se laisse pas impressionner, elle est toujours heureuse d’aider et de venir tailler un brin de causette, et n’a pas sa langue dans sa poche. Ils ont vécu en Afrique du Sud et ont un fils là-bas, qui semble avoir mal tourné, un truc genre prison pour meurtre….
    Ce sont de vrais boaters, ils sortent régulièrement en croisière et comptent le nombre d’écluses qu’ils passent à chaque voyage. Plus d’un millier au total !!!
  • Chrissie, la cinquantaine bien tassée, divorcée qui trimballe avec elle toute la misère du monde, un peu grenouille de bénitier, ne jure que par sa congrégation et ses problèmes d’argent. Elle est gentille mais son côté profiteur lui a valu mauvaise réputation et le fait qu’elle déteste son bateau ne lui confère pas le statut de réel boater. Elle a en fait dû vendre sa maison à la suite de son divorce et s’est fait conseiller un bateau sans rien y connaitre, pensant que c’était un bon filon. Elle s’est fait rouler en achetant son narrowboat, qui entre autre aurait des fuites au toit. Comme elle ne l’a jamais fait fonctionner ni fait entretenir son moteur ne marche pas. Du coup elle fait tout pour ne jamais avoir à y être, elle garde des maisons et des appartements partout où elle peut et a même loué son bateau à une charmante jeune Ougandaise tout l’hiver. L’été dernier elle a donc fait venir sa paroisse pour cacher la misère en repeignant tout son bateau en une journée (ce qui est absurde puisqu’il faut plusieurs couches et laisser sécher plusieurs jours entre chaque couche). Elle travaille mais on ne sait pas dans quoi…
  • Ron, un Lord, un vrai ! Un petit gros dans la soixantaine, prétentieux qui nous prend toujours de haut, mais heureusement on ne le voit quasiment jamais car sa femme, une dame beaucoup plus douce et polie que lui (ils sont mariés depuis peu), habite en appartement et visiblement ils préfèrent être là-bas, ce dont on ne se plaint pas !
  • Chris, la cinquantaine bien avancée, un petit air de hibou, qui n’a qu’un seul sujet de conversation : la météo ! Il est sympa, vit généralement la nuit et dort le jour, on a découvert récemment qu’il travaillait un jour par mois en moyenne, et ce pour la BBC ! Quand l’envie lui en prend il part faire un tour avec son bateau mais pour le moment il est parti l’emmener tout l’été pour faire faire des réparations et un rafraîchissement général, bien que d’apparence ce soit un des bateaux les plus entretenus du mooring. Il s’entend très bien avec Colin.
  • Charlie, un jeune, probablement entre 25 et 30 ans, il a le bateau le plus étrange du mooring, ce n’est pas un narrowboat bien que les dimensions ne soient probablement pas si différentes, il ressemble un peu à un bateau de guerre, et sa couleur grise lui confère un style très austère. Charlie est arrivé peu de temps avant nous et a toujours fait en sorte d’éviter tout le monde, jusqu’au jour où on s’est croisé de plus en plus régulièrement aux machines à laver. Il est souvent, très souvent, défoncé, mais reste poli et sympa. On n’a jamais réellement discuté, même le jour où on a découvert qu’il parlait un français impec’ ! Il m’a expliqué qu’il avait passé ses années de collège à Montpellier, du coup il parle français avec un petit accent anglais mais surtout un accent du sud de la France, c’est très amusant ! Sa copine vient lui rendre visite régulièrement, et même avec ses 2 petites filles. Il travaille dans la restauration, ne bouge jamais son bateau car le moteur est HS.

Et puis il y a ceux qui étaient là quand on est arrivé et qui sont partis depuis :

  • Paul, une dégaine de surfeur australien, et pour cause, il est prof de planche à voile (à Londres, oui , oui…). Dans la trentaine, toujours plein de filles qui venaient lui rendre visite le weekend. Un beau bateau qui s’appelait « Papillon », en français dans le texte, et qu’il faisait voleter régulièrement pour quelques jours avant de revenir au bercail. Dommage qu’on n’ait pas eu le temps de faire plus ample connaissance car il semblait très sympa, éduqué et normal (malgré le fait de faire de la planche à voile à Londres) !
  • Jenny (encore une !), la trentaine, vivait seule sur son widebeam, la chance ! Pour rappel, le widebeam est la version large du narrowboat. Elle travaillait depuis son bateau (qu’elle ne déplaçait jamais) et devinez ce qu’elle y faisait ? Traductrice ! Arabe/Farsi/Anglais ! Elle parlait avec un débit de rafales de balles, heureusement qu’on ne la croisait jamais et qu’elle n’avait pas souvent l’air enclin à taper la discute car c’était un peu compliqué de la suivre. Un jour, je me suis retrouvée prise entre elle et la Jenny qui coupe ses mots, cette expérience a été assez traumatisante car je n’ai toujours pas compris de quoi on avait parlé !
  • Marc, le fameux… Un véritable personnage, très bizarre, déjà on ne peut pas lui donner un âge, il doit avoir la quarantaine, mais s’il avait 60 ou 30 ça ne m’étonnerait pas non plus. Il n’a pas l’air de travailler, passe ses journée sur Facebook à faire l’apologie de l’athéisme et du végétalisme, l’un comme l’autre n’étant pas particulièrement bien vus par ici. Une fois il est venu prendre le thé chez nous, il a commencé à être très curieux, à ouvrir les placards en disant que c’était pas comme dans son bateau. Car oui, apparemment nos narrowboats sont du même constructeur du coup ça l’intéressait beaucoup, mais de là à ouvrir les placards faut pas abuser ! Un jour il nous a rendu l’invitation et nous avons pris un thé chez lui, on a découvert qu’il avait un sacré stock de cartouches d’imprimante. On a cru comprendre qu’il les achetait sur Ebay pour les revendre ensuite. Peut-on vraiment vivre de ça ?? Il a une petite chienne et deux chats, qui sont comme lui, tous un peu bizarres, et aucun des 4 ne m’a jamais inspiré confiance. Il nous arrivait de temps en temps de se retrouver à sortir nos chiens respectifs au même moment et on discutait un peu, mais j’étais toujours mal à l’aise, surtout depuis le jour où il m’a fait des blagues à connotation sexuelles, c’était très gênant, j’ai fait comme si je n’avais pas compris, ça a dû le calmer un peu, mais quand on lui a laissé les clefs lorsqu’il il gardait Loulou et venait nourrir Pouce, je l’imaginais en train de fouiller dans mes tiroirs et renifler mes sous-vêtements !! Comme mentionné plus tôt, la majorité du mooring le haïssait. La version officielle était qu’il avait été très blessant sur ses commentaires Facebook antireligieux et n’avait jamais voulu s’excuser. Sa version à lui était qu’il s’était très bien entendu avec Jenny moche (l’infirmière) jusqu’au jour où il a repoussé ses avances, et depuis c’était la guerre, le reste du mooring prenant le parti de Jenny. Dans tous les cas, la seule personne avec qui il s’entendait était Chris, sans doute car ils étaient plus ou moins du même âge, seuls, aimant tous les deux parler de leur bateau et partant même faire des virées fluviales ensemble. Nous étions ravis lorsqu’il nous a proposé de s’occuper de nos petits Loups quand on s’absentait, mais en bon Anglais radin cela avait un coût : 10£/jour, sachant qu’on lui fournissait tout, nourriture etc…  et que quand on revenait il y avait toujours de mauvaises surprises : meubles rongés, harnais du chien tout neuf sectionné, livres détruits, plantes déchiquetée et terre répandue… Bref, on ne comprenait pas comment Pouce pouvait faire autant de dégâts à elle seule. En fait on a appris récemment par un autre voisin que Marc ne prenait pas Loulou sur son bateau comme prévu, il le laissait toute la journée tout seul avec le chat, alors forcément il s’ennuyait et s’occupait comme il pouvait. Et un chien, quand ça s’ennuie, ça détruit. On n’a pas encore trouvé comment on allait les faire garder les prochaines fois, mais quitte à payer, on aura peut-être un gardien digne de ce nom…

Et puis ceux qui sont arrivés après nous :

  • Rob et Dave, un couple homo de 62 et 70 ans avec un petit chien. Ils sont très sympas. Rob est LA commère du mooring, il sait tout de tout le monde, il a un avis sur tout mais c’est toujours chouette de discuter avec lui, il est marrant, son côté un peu grande folle sur les bords le rend attachant.
  • John, le « clodiche » = clodo de péniche. Alcoolique notoire, il ne s’en cache pas mais n’a pas l’alcool mauvais, il est même plutôt de bonne compagnie. Fervent croyant, on a appris qu’il récitait la Bible en criant quand il est bourré seul chez lui. Il vendrait possiblement de l’herbe, et à Rob entre autres, ce que je trouve très amusant. Il est toujours complètement fauché, au point qu’il ne se nourri pas. Il fait sa lessive 1 fois par mois et on le sent à 10 km car ses fringues dans le sèche-linge embaument tout le bâtiment : ça pue le vieux champignon, c’est à peine respirable. Il semble très cultivé et parle de façon très posée, et malgré toutes ses dents en moins c’est une des personnes que je comprends le mieux. On parle souvent canidés car c’est lui qui a les parents supposés de Jazz. C’est d’ailleurs comme ça qu’on en est venu à se parler. Il voulait nous vendre un chiot (il en avait 8 + les 2 parents), mais on nous a dit que l’argent finirait dans la boisson et que ce n’était pas une bonne idée. Tout le monde le fuit comme la peste et ne se gêne pas pour lui mettre sur le dos tous les problèmes du mooring. On nous a entre autres dit qu’il ne s’occupait pas de ses chiens et que c’était risqué de lui prendre un chiot car il serait probablement en mauvaise santé et/ou agressif. Nous on s’est dit que vus les parents, le chiot correspondrait tout à fait à ce qu’on voulait en terme de gabarit, genre, tête, pelage… Alors le meilleur moyen était d’aller voir les petits nous-mêmes et de nous faire une idée. Ils étaient tous adorables, plein d’énergie et très sociables. On a eu du mal à se décider sur lequel choisir, puis on a fait un marché avec John : on lui payait le vermifuge pour toute la famille et des croquettes en échange du petit Loup. Il n’a pas hésité longtemps, et depuis on se parle régulièrement.
  • Beks, ou Rebecca, aussi connu comme « la crise identitaire de Bernard ». Transexuel dans la cinquantaine, Beks et en pleine transformation d’un bedonnant aigri en… pétasse blonde bottes en cuir et mini-jupe Hello Kitty, bedonnante aigrie… Elle est désagréable, ne dit pas souvent bonjour et met tout le monde mal à l’aise. Elle ressemble à Michel Polnareff. Elle s’absente régulièrement durant plusieurs jours embarquant souvent à son bord de vieux mecs à perruques comme elle…
  • Une famille d’Australiens arrivée très récemment : Shaun, Tracy et Connor. Très grande gueule, très sympa, ils sont dynamiques et souriants, mais ne jurent que par l’argent et n’hésitent pas à étaler leur billets, leur réussite et leur intelligence dans n’importe quelle conversation. Ils vont bientôt faire venir leurs 2 chiens. Ils sont en train de faire construire un bateau (une belle barge) pour pouvoir laisser à leur fils Connor le bateau dans lequel ils sont actuellement. Ils seraient habitués des bateaux de plaisance mais découvrent le système anglais et n’osent pas encore conduire leur bateau eux-mêmes. Ils travaillent depuis le bateau.
  • Et il y a quelques semaines, venait se mettre à côté de nous un nouveau bateau-déchet… Un couple très sympa, Stef & Tom, dans la trentaine, ils mangent bien à la cantine ! Habituellement « Continuous Cruisers », ils ont probablement été contraints à prendre un mooring pour pouvoir garder leur licence de navigation. Le problème en plus du bateau qui visiblement tombe en ruine et de tout le barda qu’ils transportent sur le toit comme des manouches, ce sont leurs habitudes de CCers, à savoir laisser le moteur tourner pendant des heures pour recharger les batteries (merci le bruit et les odeurs), étendre le linge tout autour et sur le bateau (bienvenue dans les favellas), rester en pyjama à l’extérieur du bateau et exposer sa raie de plombier à tous, laisser leurs deux petits roquets sur le ponton toute la journée. Les cabots en question sont un genre de Milou, petits et excités, on dirait des rats. Ils passent leur temps à couiner et aboyer et ils ont coursé Pouce le premier jour jusque dans notre bateau ! La pauvre petite chattoune était traumatisée pendant plusieurs jours, elle n’osait plus sortir ! Heureusement maintenant ils les attachent mais ça ne change pas grand-chose.

Il y a aussi ceux qui sont arrivés après nous mais qui sont déjà repartis :

  • Amelia et Jake. Un couple dans les 25 ans, lui extrêmement timide, elle complètement à l’ouest, de vrais bobos : végétalisme et yoga. On avait fini par réussir à discuter un peu, surtout grâce à Pouce qui allait squatter chez eux pour jouer avec leur chat Salem. Ils s’entendaient à merveille tous les deux et étaient adorables à regarder. Ils sont partis plus ou moins sur un coup de tête après avoir quitté leurs jobs, avec dans l’idée de faire un tour des canaux jusqu’à ce qu’ils soient fauchés. Ils n’avaient pas l’air très dégourdis mais se débrouillaient malgré tout. Comme nous a dit Jake en partant : « je pense qu’on sera fauchés plus tôt qu’on ne le pense », ils sont peut-être déjà revenus sur Londres, qui sait…
  • Kate et Matthew, aussi appelés entre nous «les Leprechauns». Il est incroyablement roux, elle est incroyablement désagréable, ils sont incroyablement asociaux. Ils évitent tout le monde dans leur tout petit bateau miteux, et ne répondent pas quand on leur parle (même «bonjour»). J’ai découvert récemment qu’il a la quarantaine et deux gamines, et elle a moins de 30 ans, bulgare et traductrice! Décidemment, nous sommes partout, et nous sommes tous bizarres… Ils ne sont restés que quelques mois, le temps de repeindre leur bateau et sont repartis comme ils étaient venus, en Continuous Cruisers.

Le mooring peut contenir en tout 23 bateaux, il en manque pour le moment 4 pour être au complet, mais comme vous avez pu le constater, les voisins changent régulièrement, et on ne peut jamais savoir si c’est pour le meilleur ou pour le pire. C’est aussi ça les joies du mooring, parfois il n’y a même pas besoin de larguer les amarres pour vivre d’épiques aventures !

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